Les Étrusques


UNE QUESTION COMPLEXE

L'origine des Etrusques est soumise à de nombreuses controverses. Pour Hérodote, les Étrusques sont des Lydiens émigrés en Italie sous la conduite de Tyrrhénos, peu avant la guerre de Troie. Selon certains historiens, le nom même de la ville de Troie serait directement en relation avec le nom des étrusques. Ceux-ci pourraient donc venir du nord-ouest de l'Anatolie. La guerre de Troie étant alors la représentation de rivalités entre deux peuples de la mer, les achéens (Aqayawasha) et les Touroushas, qui donneront plus tard les étrusques.

Hellanicos identifie les Étrusques aux Pélasges qui, après une période d'errances dans la mer Égée orientale, se seraient fixés en Italie. Nombre d'historiens de l'antiquité et actuels admettent l'idée qu'il s'agit d'un "peuple d'Orient". Les déplacements de peuples constatés entre le XIIIème et le XIème siècle avant Jésus-Christ peuvent valider l'hypothèse d'une éventuelle migration de Tyrrhéniens. Certains documents datant du règne de Ramsès III, controversés en raison de la possibilité d'homonymies ethniques, évoquent les Tyrséniens,Tyrrhéniens ou Tourousha parmi les peuples de la mer hostiles au pharaon.

Les Étrusques eux-mêmes s'appelaient, semble-t-il, Rasena, nom de leur premier chef selon les uns, ou d'un peuple du Nord vivant dans les Alpes rhétiques selon d'autres, ou encore terme signifiant simplement «les hommes». Certains voient dans ce nom de Rasena un élément supplémentaire dans l'hypothèse anatolienne puisque des racines semblables y apparaitraient fréquement.


La stèle de LEMNOS

L'étrusque n'est pas une langue indo-européenne Une grande partie du vocabulaire reste mystérieux. L'écriture étrusque utilise l'alphabet grec adapté à la langue. La plupart des inscriptions, essentiellement des épitaphes et des ex-voto très courts, sont compréhensibles. Les textes plus longs, tel les lamelles d'or de Pyrgi ou la Momie de Zagreb résistent encore aux tentatives de déchiffrement. On a retrouvé dans l'île de Lemnos de singulières inscriptions funéraires antérieures à la conquête de l'île par les Athéniens (510). La langue qu'on y peut lire ne ressemble qu'à l'Etrusque. De même, l'Etrusque ne ressemble qu'au Lemnien. Qu'on en juge, un personnage y est indiqué comme étant mort à 40 ans ; présentons au-dessous la même expression en étrusque :

(Lemnos) SIALCHVEIS AVIS. (à l'âge de 40 ans).
(Etrurie) SEALCHISC AVILS.

C'est vers la fin du second millénaire qu'on trouve en Asie mineure un dieu hittite du nom de TARKU, archétype probable du roi étrusque TARCHON, qui fut le fondateur légendaire de Tarquinia. Il est frappant de constater que les procédés toscans, des formes attestées dans la plastique ou l'orfévrerie par exemple, inconnus partout ailleurs, dans le monde antique, ne se retrouvent que dans certaines civilisations d'Asie Mineure comme par exemple chez les Hittites. Il y'a des bijoux étrusques dont on ne reconnaît les correspondants qu'en Lydie. La place privilégiée de la femme chez les Toscans, l'usage du “ matronymique ” dans les inscriptions funéraires d'Étrurie évoque la coutume lycienne, attestée par Hérodote (I, 173) de se désigner par le nom de la mère et non du père. Les terribles démons des fresques funéraires, Tuchulcha et Charun, ne sont pas sans rappeler les cruels démons assyriens. Les haruspices étaient des prêtres étrusques qui étaient respectés pour leurs arts divinatoires... notamment pour leur divination par l'examen du foie des victimes. Ce type de divination est un autre point qui relie les étrusques à l'asie mineure et à la Babylonie. Les fouilles archéologiques ont en effet amenées la découverte d'un très grand nombre de foies de terre cuite, babyloniens et hittites, et la technique divinatoire y est semblable.


Foie de bronze trouvé aux environs de Plaisance. C'était une sorte d'aide-mémoire servant à guider les haruspices dans l'examen des entrailles des victimes.

On pourrait multiplier les indices de ce type, mais contentons-nous d'un dernier exemple. Des sources égyptiennes datant du règne de Ramsès III (XIIème siècle), énumèrent les peuples "de la mer", autrefois soumis, mais devenus petit à petit menaçants et qui ne seront que difficilement contenus en plusieurs batailles. Ceux que les textes nomment : Tr^s.w, ne seraient-ils pas les Tyrsennoi (ou Tyrrhenoi) d'Hérodote ? Il n'y a pas de fumée sans feu, les anciens n'avaient pas tort en évoquant une origine orientale dont le souvenir était enraciné dans la tradition et le caractère "étrange" des Etrusques n'était pas seul responsable de cette légende. La civilisation étrusque pour s'être développée comme une suite logique de la culture villanovienne a reçu, sans doute en plusieurs étapes, de nombreux apports extérieurs ; la langue est peut-être l'un d'entre eux, encore qu'il soit impossible de le prouver. En revanche, bien des éléments de la religion dérivent certainement de ces contacts et de ces emprunts. Pour expliquer les apports extérieurs il est inutile d'imaginer une immigration de masse ; quelques noyaux actifs peuvent suffire à transformer les caractères les plus visibles d'une culture naissante. Qui donc oserait expliquer la civilisation gallo-romaine par une "invasion massive" de Romains ? L'arrivée des Francs ou des Normands ont-elles été massives ? L'arbre généalogique d'une civilisation, comme celui des individus, se ramifie à l'infini vers les origines ; se trouver un ancêtre, c'est choisir de faire prévaloir une lignée en négligeant toutes les autres. Au concept d'origine il faut manifestement substituer celui de formation. On voit alors se construire, sous de multiples influences, une culture ouverte à tous les courants de la Méditerranée, y puisant avec discernement, adoptant telle forme ou telle coutume et négligeant telle autre, en un mot se définissant autant par ses choix que par ses refus. C'est cette construction qui la rend si passionnante.


Le passeur Charon et
l'ombre de la mort

ÉTRUSQUES et TARTÉSSIENS

Dans le sud de l'Espagne, aux côtés des Ibères, nous trouvons la civilisation Tartessienne, du nom d'une population qui vivait à l'embouchure du Guadalquivir. Elle avait été florrissante jusqu'à son élimination par les Carthaginois vers 500 avant JC. Selon une hypothèse récente, cette civilisation pourrait être apparentée à la civilisation étrusque, car on trouve des noms de lieux et de fleuves (Tubur, Tarasco, Arnus, etc.), pratiquement identiques sur les côtes de sud de l'Espagne et en Toscane, région des étrusques. (“ L'aventure des langues en occident ” de Henriette WALTER, Édition Robert LAFFONT, Collection “ Livre de poche ”)

Cette parenté entre étrusques et tartéssiens se retrouve également dans le nom même de ces deux peuples. La forme ancienne de “ Tartéssiens ” est “ Tarshish ”... nom étonnament proche du peuple de la mer: “ Tourousha ”.

L'historien grec Hérodote, au Véme siècle avant JC mentionne une ville connue sous le nom de Tartessos, située au delà des colonnes d'Hercule. Les grecs eurent des relations commerciales avec ce peuple, ainsi également que les égyptiens et les phéniciens. On peut également noter que les Hébreux parlent des rois de Tarsis ou “ Tarshish ” qui apportent des présents à Salomon dans l'ancien testament au psaume 72. On parle également de Tarsis dans Jonas et dans les chroniques. Dans le premier livre des Rois (2 Ch 1.14-17; 9.13-28) on trouve ce texte : “ 22. Car le roi (Salomon) avait sur la mer des navires de Tarsis qui naviguaient avec ceux de Hiram et, tous les trois ans, les navires de Tarsis revenaient chargés d'or et d'argent, d'ivoire, de singes et de paons (ou fr guenons ou de volailles. Le sens du mot Hébreu étant incertain). ” Si l'ivoire, les singes et les paons peuvent provenir de différent comptoir sud-méditérranéens, l'or et l'argent a quand à lui dû provenir directement du pays Tartéssien car l'Espagne était dans l'antiquité très riche en minerais métallifère. Les navires de Tarsis étaient de grands navires de commerce, équipés pour de longs voyages. L'Empire romain acquit d'inestimable richesse en s'emparant de l'espagne et de ses nombreuses mines. Les historiens pensent d'ailleurs que tant de métal profita à la stabilité et à l'expansion de l'Empire. Lorsque ces mines s'épuisèrent des crises monétaires survinrent... Les phéniciens attirés par les richesses du pays finirent par implanter des comptoirs et s'emparèrent des terres et mines de la région.

Certains voit en Tarsis l'atlantide de Platon. Dans la haute antiquité, il n'y avait en effet aucun royaume aussi riche et puissant que celui des Tartéssiens dans la région de l'extrême ouest de l'europe. On peut noter que Tarsis était située dans la région au delà des colonnes d'Hercule. Là où Platon situait l'île d'Atlantide. Leur richesse était dû principalement au commerce des métaux à une époque où le bronze venait de commencer à se répendre. Ce peuple lointain, puissance, pourvoyeur de métaux, a put donner la légende de l'île de l'atlantide et de ses bâteaux chargés de guerriers dont les armes étaient d'orichalque. Peut être que ceux-ci auraient alors tentés d'envahir les nations grecs et égyptienne puis face à leur défaite s'en serait retourné dans leur pays? Cette invasion des côtes grecs et égyptienne n'est pas sans rappeler les invasions des peuples de la mer au XIIIéme siècle avant JC. Peuples de la mer auxquels seraient apparentés les étrusques et peut être donc les tartéssiens. Voir sur : www.atlantia.de (traduction française).

CE QU'EN DIT LA GÉNÉTIQUE

Revue Science & Avenir n°687 de Mai 2004:

L'analyse ADN extrait de 27 individus trouvés dans des tombes de l'époque étrusque montre qu'ils appartenaient à une population bien distincte des Européens actuels. Leurs plus proche parents se trouveraient en Asie mineure, une piste déjà évoquée par Hérodote.

Une autre étude génétique semble montrer une parenté entre les élites étrusques et les populations anatoliennes: L'analyse de l'ADN des Étrusques


SOURCES

Article sur Insecula.com et sur Antiquité/RasennaChap1


LIENS

ARTICLES DE LA BIBLIOTHÈQUE CLIO:

La question des origines
Les Lyciens : les Étrusques de l’Est
Regards sur la civilisation étrusque
Les Étrusques : religion et volupté
L'alphabet et la langue étrusques
La peinture étrusque, première peinture de l’Europe ?

ARTICLES DIVERS:

Sandramfo: les 3 hypothèses de l'origine du peuple étrusque
Le site du musée de Santa Marinella. Très complet sur les étrusques.
Fatthalin: Une origine multiple
The Etruscan Language
The Origin of the Etruscans Un ouvrage pdf à télécharger !
www.clio.fr : Les étrusques religion et volupté
indoeuro.bizland.com : The Problem of Ancient Minor Languages and Their Origin § 1. Identification of the Etruscan language
indoeuro.bizland.com : The Problem of Ancient Minor Languages §3. The Pelasgian Problem
indoeuro.bizland.com : Etruscan, a dravidian tongue ?



BIBLIOGRAPHIE

Revue 'Les collections de l'Histoire' n°22 Janvier-Mars 2004, 'L'Orient ancien'.

'Les Étrusques', de Raymond BLOCH, aux éditions de la Presses Universitaires de France (PUF) dans la Collection 'Que sais-je?' n°645